La Rochecourbon

« J'ai pris la main d'une éphémère
Qui m'a suivi dans ma maison...
...Elle avait la marche légère
Et de longues jambes de faon
J'aimais déjà les étrangères
Quand j'étais un petit enfant ».

(Aragon, « L'étrangère »)



« Cette forêt-là, j'y ai vécu douze années de mon enfance et de ma prime jeunesse : Tous ses rochers me connaissaient et toutes ses mousses... »     Pierre Loti

Pierre Loti et La Rochecourbon, Premiers émois

Château de La Rochecourbon (17)
Reconnaîtrait-il les lieux mystérieux où il aimait à venir se perdre durant son enfance et son adolescence ?

A l'âge où l'on rêve de jeunes filles en fleurs comme à d'évanescentes images que l'imagination seule vous permet d'atteindre, le jeune Julien Viaud ne rêvait pas encore aux aventures de ce « Grand Meaulne » qui habitera les pensées de générations d'adolescents. Et pour cause, Alain Fournier n'avait pas encore écrit son chef-d'oeuvre.
Mais le jeune aventurier aimait à venir traîner au coeur d'une forêt, là où une rivière laisse ses méandres s'alanguir aux alentours de grottes où déjà, les hommes des époques préhistoriques avaient établi leurs lieux de vie. « Bouil bleu », havre de paix, calme, discret, propice à laisser vagabonder l'âme romantique d'un gamin venu passer un été de vacances chez sa soeur Marie. C'est là que l'adolescent rencontre celle qui « a fait de moi un homme », dit-il dans l'un de ses romans.
Un campement de bohémiens, des grottes aux entrées évocatrices, comme des invites à la découverte de l'intimité féminine, un vagabondage à deux dans l'ombre complice des galeries souterraines où l'on se perd aux regards des adultes, l'on comprend que le jeune Julien ne se préoccupe guère tout d'abord de ce vieux château perdu dans la forêt, mais dont la décrépitude abrite peut-être la « Belle au Bois dormant » des contes de son enfance.
Ce n'est que beaucoup plus tard que, devenu Pierre Loti, auteur à succès, diplomate féru de civilisations asiatiques, il mettra son nom au service de la sauvegarde de cette forêt de Saint-Porchaire qui fut son espace imaginaire. Car c'est d'abord la forêt qu'il a voulu préserver des charbonniers qui en abattaient les arbres comme matière première de leur industrie.
C'est grâce à l'un de ses amis, Paul Chénereau, qu'il persuade en 1922 de racheter le domaine, que l'ensemble sera sauvé.
Aujourd'hui le château et le parc ont retrouvé leur lustre passé, lorsqu'en 1475 Jehan II de Latour commença de l'ériger.  Au XVIIe siècle, Jean-Louis Courbon, dont la famille avait acquis le domaine, en fit un château d'une grande élégance dont les jardins seraient l'oeuvre, bien avant Versailles, de Le Nôtre ou, tout au moins, de l'un de ses élèves. 
Passé ensuite dans les mains de propriétaires qui ne s'intéressaient plus à lui, le château tomba en décrépitude jusqu'en 1785 où il revient dans la famille Courbon et retrouve une nouvelle jeunesse. En 1817, il est à nouveau mis en vente, racheté par deux négociants en eau de vie dont les descendants mettront en vente leur héritage en 1907. C'est alors que Pierre Loti, âgé de 57 ans lancera un appel dans « Le Figaro » pour la sauvegarde se son « château de la Belle au bois dormant »... et sans doute de ses premiers émois de jeunesse.
Aujourd'hui, le château est toujours dans la famille de Paul Chénereau. Jacques, Marie-Jeanne Badois d'abord puis Christine et son mari Phlippe Sébert.
Une association, créée à la suite de l'ouragan de décembre 1999 pour la reconstitution du parc fortement endommagé, aide à sa valorisation.
Un musée archéologique présente des collections relatives aux fouilles menées dans les grottes, et aux alentours, ainsi que des objets issus de l'histoire du lieu.
Le château de La Roche Courbon, qui fut un gardien vigilant de la Saintonge durant les guerres de Religion, reste l'un de ses phares les plus brillants.
Grâce sans doute à ce gamin qui n'avait de cesse d'en parcourir les sous-bois, les futaies et les tendres sentiers.Un petit aventurier qui ne voulait pas voir disparaître ses rêves.

Julien Ertveld

« Amicour » (Association des amis de La Roche Courbon)
Château de La Roche Courbon - 17250 St Porchaire - Tél. : 05 46 95 60 10

Web : www.t3a.com/larochecourbon
E-mail : larochecourbon@t3.com

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