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Le fleuve Charente connaît quelques semaines dans l'année où ses eaux se montrent débordantes, mais avec un lit creusé dans de la roche poreuse et fissurée le, quartz, l'été ce sont ses étiages qui posent quelques problèmes. Car il ne suffit pas que les crues hivernales ou printanières apportent leur complément d'eau, encore faut-il en gérer les réserves « en bon père de famille » comme l'on dit de son patrimoine. Ce qui est loin d'être le cas, malgré les larmes de crocodiles versées sur l'avenir climatique de la planète.

Etiages de la Charente, deux lacs en soutiens

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Chaque année et de plus en plus tôt dans le printemps, les préfets de Charente et Charente - Maritime sont amenés à prendre des arrêtés de restriction de prélèvements d'eau dans les cours de la Charente et de ses affluents. Ces mesures destinées à préserver la ressource en eau sont généralement difficiles à faire appliquer par des professions pour lesquelles l'eau est un élément indispensable de leur activité. Agriculteurs, ostréiculteurs, bien sur, mais ils ne sont pas les seuls concernés. Les usagers particuliers ne sont pas forcément des modèles de vertu dans ce domaine et les industriels n'ont pas toujours les équipements qui limiteraient consommation et pollution.
Et pourtant, ce sont très souvent des mesures qui pourraient être au moins différées dans le temps, si chacun se montrait responsable. Mais on le constate, chaque acteur de la vie commune renvoie la responsabilité sur son voisin, arguant que, lui ne fait que répondre à un usage nécessaire au bon fonctionnement de son activité.
Dans l'attente d'une réglementation véritablement contraignante envers les secteurs économiques les plus dangereux pour la réserve en eau, secteurs généralement puissants dans la défense de leurs intérêts, c'est l'ensemble des populations qui en subissent les conséquences. Au nom du pragmatisme économique, on autorise certains pays et certaines industries à acheter des « droits à polluer » leur permettant de poursuivre leur activité sans contrainte de protection. Cette politique mondiale mène la planète à son épuisement et ce ne sont pas les films d'Al Gore, Nicolas Hulot et Yann Arthus Bertrand, si dénonciateurs, si généreux dans leurs intentions soient-ils, qui changeront les choses. Monsanto  ne bouge pas d'un iota sur la production d'OGM et continue de contraindre les exploitants à lui acheter chaque année de nouvelles semences, punissant ceux qui replantent celles de leurs récoltes. Bayer continue à produire des pesticides dangereux pour les abeilles et les grands laboratoires déposent des brevets sur des molécules naturelles qu'ils « recréent ». C'est ainsi que l'on vous vend très des produits soi-disant enrichis en « Omega 3 », une molécule que l'on trouve en abondance à l'état naturel, par exemple dans le poisson.
La politique environnementale, s'accommode facilement de passe-droits, au nom du profit immédiat, au détriment de l'intérêt général. Et ce ne sont pas les organisations écologiques, qui pour certaines ne sont que des faux nez de l'industrie,  qui changeront forcément les choses.
Cela est vrai pour les industriels qui prélèvent l'eau pour leurs besoins  technique et la restituent plus ou moins bien dépolluée au fleuve.
C'est vrai également pour nos agriculteurs régionaux, victimes comme d'autres d'une agriculture intensive immodérée. Ils pompent pour arroser des cultures gourmandes en eau, en engrais ( les sols sont épuisés par la surexploitation  et ne peuvent plus apporter seuls les besoins alimentaires aux plantes), en pesticides de toutes sortes puisque les plantes fragilisées par le productivisme sont moins résistantes aux attaques des maladies et parasites. Et ce, bien que l'on développe des OGM spécifiques censés palier ces manques, qui se trouvent eux-mêmes confrontés  rapidement à des attaques parasitaires également spécifiques.

Mais c'est vrai également des particuliers et de leurs jardins avec leurs assainissement mal entretenus; des villes, dont la population en constante évolution oblige à trouver des forages de plus en plus profonds et à créer des stations d'épuration de plus en plus gourmandes en eau, plus ou moins bien recyclée à la sortie; des bords de mer qui attirent une manne touristique bienfaitrice de l'économie locale et voient leur demande multipliée par dix en été, période de fragilité des cours d'eau et des nappes phréatiques. Et l'on hésite à se réjouir de jours de soleil et de chaleur qui renforcent l'afflux touristique, mais nous privent d'une eau de pluie indispensable à la préservation de nos réserves en eau.
Certes ce ne sont pas les pluies d'été qui alimentent les nappes, mais elles permettent aux plantes de pourvoir à leur  besoin, en limitant les apports par arrosages.
Situation d'autant plus sensible que le lit de la Charente tend à s'assécher naturellement.


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Un fleuve naturellement fragile

La Charente, dont la source se situe à quelques kilomètres de Chéronnac (87), reçoit son eau d'un bassin versant alimenté en partie par des sources issues des premiers contreforts du Massif  Central. Taillé entre roche calcaire et roche karstique, son lit et ceux de plusieurs de ses affluents voient une partie de leurs eaux s'infiltrer  et  rejoindre des nappes à de grandes profondeurs. C'est pour cette raison qu'elle peut subir des étiages précoces dans l'été, surtout sur la partie haute de son cours. Les affluents qui le jalonnent et l'alimentent, se tarissant rapidement de façon naturelle. Au fur et à mesure de l'avancement dans la saison, les pertes se font ressentir de plus en plus bas sur le cours. Ce qui ne va pas sans inconvénients pour la pêche et la navigation, comme pour l'alimentation humaine.

Lors de sa création, l'Institution " Fleuve Charente " (Etablissement Public de Bassin Charente) se vit attribuer la compétence de gestion des étiages. Pour ce faire elle créa un barrage destiné à rendre la régulation des fournitures en eau plus efficace. Ce fut le barrage de Lavaud, d'une capacité de 10 millions de m3, il est fonctionnel depuis 1989. Quelques années plus tard, le conseil général de la Charente entrepris celui de  Mas-Chaban, mis en eau en 2000, d'un capacité de 14 millions de m3.
  Mais même ces deux réserves peuvent s'avérer insuffisantes lors de grandes sécheresses
Plusieurs solutions de substitution ont donc été envisagées plus ou moins bonnes naturellement. D'autant que celles prévues pour limiter le niveau des crues risquent de compliquer encore la tâche des aménageurs. Car, qui dit évacuation plus rapide des eaux lors des débordements, dit qu'il en manquera autant ou presque dans les nappes, puisque l'on aura empêché l'infiltration. Ce processus demande du temps. Empêcher l'eau de stagner sur « les prées », ses aires naturelles de débordement, c'est se priver de sa mise en réserve dans les nappes naturelles.  Pas seulement les nappes de surfaces, rapidement rechargées en général (quelques semaines, voire quelques mois), mais tout aussi rapidement épuisées. En fait, ce sont les nappes de profondeur moyenne ou grande qui constituent les vrais réservoirs durables. Des réserves elles aussi menacées.
Déjà l'on pompe dans les nappes de moyenne profondeur pour alimenter les stations d'eau potable destinées à l'usage quotidien des populations, car moins sensibles à la pollution de surface. L'eau s'y infiltre en quelques années ou dizaines d'années, se débarrassant durant ce temps d'une grande partie des éléments nocifs.
Quant aux nappes de grande profondeur, c'est en centaines, voire en milliers d'années qu'il faut mesurer le temps d'infiltration.
On mesure donc l'impact que peuvent avoir les prélèvements intensifs sur un bassin aussi fragile dans son alimentation, que celui de la Charente.
Car ce ne sont pas les apports d'une année fortement pluvieuse qui suffisent à compenser les prélèvements. Les interdictions et les limitations d'arrosages émis par les préfectures se comprennent dès lors mieux, même si l'on a le sentiment qu'elles peuvent parfois être exagérées lorsque le printemps et l'été sont « pourris ».
Si l'industrie, l'agriculture, les villes consomment beaucoup d'eau, une autre activité demande également que l'on laisse l'eau douce arriver jusqu'à elle.
Il s'agit des ostréiculteurs, les huîtres ont des besoins très importants.  Installés dans l'estuaire et sa proximité ils bénéficient d'un apport naturel qui fait la qualité de leurs coquillages. Les prélèvements en amont réduisent considérablement cet apport indispensable à la maturité des huîtres. Or, les naissains demandent un apport en éléments nutritifs important, que la Charente leur fournit naturellement dans son estuaire. Si l'eau n'arrive plus en quantité suffisante pour y subvenir, il devient nécessaire de procéder à des lâchers d'eau depuis les deux lacs de haute Charente .
On envisage donc, à défaut d'avoir pu réaliser le barrage de la Trézence qui aurait renforcé les lacs de Haute Charente, mais posait d'autres problèmes environnementaux, de créer des « bassines ». Des réserves plus petites, réparties en divers points et dans lesquelles les agriculteurs pompent pour l'arrosage des cultures. Toutefois comme toute « bonne solution », celle-ci ne va pas sans inconvénient. Leur approvisionnement est censé se faire uniquement de façon naturelle, par les pluies. Mais, outre qu'elles privent les nappes d'une grande partie de leur apport nécessaire à leur reconstitution, les précipitations ne sont pas forcément suffisantes pour les remplir et engendrent la tentation de pomper dans les nappes pour compenser.
Et il ne suffit pas de remplacer les cultures exotiques, comme le maïs, très gourmandes en eau, par des cultures moins exigeantes pour résoudre le problème. (Certes, ce serait déjà une excellente décision que de laisser la culture d'une plante d'origine tropicale aux pays où elle pousse naturellement. On pourrait ainsi non seulement se contenter de compléter les manques de l'arrosage naturel pour leur production, mais elles constitueraient une ressource agricole indispensable à leur équilibre économique. Encore faudrait-il pour cela que les pays occidentaux y voient un intérêt économique pour leurs agricultures et leurs entreprises agro-alimentaires.)
On le constate, comme pour les crues, le problème des étiages est complexe et coûteux à mettre en place.

Gérer les réserves des Lacs de Haute Charente

Cliquez pour agrandir l'imageLe choix de créer des retenues sur le haut cours de la Charente et sur la Moulde, son affluent le plus important de ce secteur, répond à la nécessité de bénéficier de l'apport de nombreux cours secondaires alimentant les premiers kilomètres du fleuve.

Dans un espace peu habité, avec des encaissements naturels, il était facile de barrer les petites vallées tout en préservant l'environnement naturel. Les digues s'inscrivent dans le paysage sans constituer ces balafres bétonnées qui défigurent tant d'autres paysages. Assez hautes pour constituer une réserve totale de 24 millions de m3, sans pour autant constituer un obstacle pour la vue, elles offrent un versant paysager abritant le déversoir et les écluses.
Les deux lacs (185 ha pour Lavaud et 174 Ha pour Mas-Chaban) comprennent dans leur aménagement des zones naturelles pour l'accueil des espèces sauvages ; des aménagements touristiques toujours en eau pour la baignade, la pêche, la navigation ;  de vastes zones interdites aux autres activités, destinées à être vidées partiellement ou en totalité lors des périodes d'étiages prolongés.

Côté lac, des abris en béton constituent les postes de commande des vannes. Ils sont gérés, d'où qu'il se trouve, par Olivier Auriol. Même s'il ne peut être présent en permanence sur le site des lacs, depuis son bureau de l'Etablissement Public de Territoire de Bassin de Saintes, ou d'ailleurs, l'ingénieur hydraulicien veille en permanence à la bonne marche des installations, par Internet depuis son ordinateur portable.
Sur son écran apparaissent les statistiques en temps réel concernant le débit de la Charente et le niveau des lacs. Des points de captage, répartis tout au long du cours sont déterminant et décident du niveau d'intervention. Et ce, à tout moment de la journée. Ces mesures et ces analyses permettent de connaître précisément les besoins et d'adapter l'intervention. il peut donc décider, même éloigné de la Charente, d'un ajustement du débit. Un ajustement nécessaire également afin d'éviter les débordements éventuels des lacs si les « trop-pleins » aménagés s'avèrent insuffisants.
Cette surveillance, renforcée par des alarmes, veille également à la sécurité des installations et détermine si le déplacement d'une équipe sur le site est nécessaire, hors des contrôles réguliers habituels.

A plusieurs reprises au cours de l'été, des lâchers de soutien de 3 m3/seconde ont permis d'assurer la fourniture d'eau nécessaire, entre autres, aux ostréiculteurs. Dans le même temps, plusieurs arrêtés de limitations des prélèvements d'eau dans les affluents du cours supérieur (Bandiat, Touvre, Tardoire...) ont été publiés. 
Une mesure prise, chaque fois que l'observatoire de l'eau, réunissant sous l'autorité des préfets, ingénieurs et représentants des professionnels (agriculteurs, ostréiculteurs) et des élus, l'a juger nécessaire. Les relevés effectués sur le terrain et les conseils avisés d'Olivier Auriol et de ses confrères qui en découlent, sont alors pris en compte pour maintenir un niveau de fourniture suffisant afin que chacun soit le moins possible pénalisé dans son activité.

Les lacs , vue aérienne

Lacs de Haute Charente (image EPTB-Charente)
Document EPTB
Source (touistitique)  de la Charente à Chéronnac (87)

Source touristique de la Charente à Cheronac

Vraie source de la Charente

Vraie source de la Charente, près de Chéronnac
Près de Cheronac, dans un pré, mais dans une propriété privée à respecter.

Quelques images

Premières eaux de la Charente à Chéronnac


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