Rochefort, la ville environnementale
Rochefort, c'est en quelque sorte la ville nouvelle selon Vauban. Comme Brouage et quelques autres lieux par la France, elle a été conçue pour être utile au Royaume. Construite pour héberger les ouvriers construisant l'arsenal ; puis les ouvriers travaillant à l'arsenal, ainsi que les militaires protégeant le site et les commerçants et artisans, elle devait être fonctionnelle. Tout autant qu'une caserne. Ce qu'elle était d'ailleurs en fait. Des rues tracées au cordeau, une place rectangulaire pour les prises d'armes, on devait pouvoir y circuler sans problème et mater facilement les éventuelles révoltes.
Tournée entièrement vers la construction navale la ville prospéra jusqu'au milieu du 19e siècle. Là, sa position stratégiquement imprenable lui devint un handicap lorsqu'il s'agit de construire des unités trop grosses pour naviguer sur la Charente. Et le déclin s'accentua dans les décennies qui suivirent jusqu'à l'entre-deux-guerres mondiales, où des élus avisés commencèrent de diversifier ses activités économiques. En particulier grâce à l'aéronautique avec la venue des usines Bloch-Aviation et de Zodiac qui construisait alors des ballons dirigeables. Mais c'est à partir des années 1970 que la ville commença de prendre son véritable essor. Auparavant Jacques Demy, réalisateur à succès de la comédie musicale, « Les parapluies de Cherbourg » avait jeté son dévolu sur la ville pour y tourner son second film musical. Il redécora la place Colbert et en fit le point central des « Demoiselles de Rochefort ». Le film mettra un peu de temps à bâtir sa notoriété, mais il deviendra l'un des films « culte » ces années-là. Pour la ville, il fallut attendre que les fans de Gene Kelly et Georges Chakiris - deux monstres sacrés du cinéma américain de l'époque - viennent voir les lieux du tournage, pour qu'elle prenne conscience de son potentiel touristique. Mais il ne suffisait pas rénover quelques façades pour attiser la curiosité des touristes et les inciter à s'attarder quelques jours sur place dans la ville et sa région. Un vrai patrimoine historique dormait et tombait en ruines, voué à la disparition. Les nombreux bâtiments militaires, la Corderie Royale, l'arsenal, les formes de radoub, les anciens bassins ne demandaient qu'à renaître. C'est ce qui fut entrepris et peu à peu Rochefort se retrouva une âme de ville portuaire et tournée vers un avenir en partie porté par le passé . Rochefort des devenu un écrin pour ces joyaux authentiques, un écrin qui se devait, pour les mettre en valeur de ne pas les confronter aux lourdes fumées industrielles. Certes les Rochefortais qui affichaient à l'époque un taux de chômage nettement supérieur à la moyenne nationale, voulaient des emplois, mais les entreprises qui vinrent s'installer dans les zones d'activité sont à dimension de ville. Quelques dizaines, voire quelques centaines d'emplois pour les plus importantes. Nantie d'une base aérienne, Rochefort après avoir séduit Marcel (Bloch) Dassault dans les années 30, puis Sud-Aviation, réussit à attirer EADS, la maison mère de l'Airbus avec sa filiale SOGERMA. Plusieurs des éléments de l'avion sont construits à Rochefort. Et Zodiac, devenu constructeur d'embarcations en caoutchouc, confirma son implantation aux abords de l'arsenal. La vocation environnementale de Rochefort s‘est imposée d'elle-même. Les marais qui l'entourent ont toujours su se faire respecter. Les bords de Charente s'avèrent propices à la vie naturelle, sinon à l'implantation urbaine et industrielle sans grands travaux préliminaires pour trouver un fond solide. Ce sera donc tout naturellement que l'on y créera la plus grande station de lagunage d'Europe, renforcée par une réserve accueillante aux migrateurs. Et c'est tout aussi naturellement que les plus grands organismes nationaux et internationaux sont venus s'y installer. Ligue de Protection des Oiseaux, Conservatoire du Littoral, Forum des Marais, confortant le statut original d'une ville au destin qui ne l'est pas moins.  Rencontre avec Rochefort : Une ville, deux maires/ /Une ville, on l'aime ou on la déteste, mais il ne suffit pas d'y être né pour en ressentir l'âme. pour Jean-Louis Frot, arrivé à l'âge de deux ans à Rochefort, la question de la naissance ne se pose qu'à peine. “Je suis né à Soisson, dans l'Aisne, mais mes parents ayant acheté une boutique à Rochefort, ils s'y sont installés en 1933.”
Tout jeune Jean Louis Frot connais l'inquiétude pour sa ville “j'ai vu monter le drapeau allemand au fronton de la mairie alors que je n'avais que 9 ans. Et lorsque le drapeau Français a été hissé à lalibération, j'y étais également.”
En 1951 il reprend la boutique d'optique familiale et s'investit dans la vie locale en animant le cinéclub de la ville. “Je n'avais pas envisagé d'entrer en politique, mais j'avais envie de voir se réveiller Rochefort.” A l'époque Rochefort est une ville atteinte par une certaine décrépitude. L'arsenal après son déclin du XIXe siècle, son agonie du début du XXe, est mort depuis les années 1930. Cette disparition a entrainé la ville dans sa déchéance. Taux de chaux chômage deux fois plus élevé que le taux national de l'époque, celui des “ trente glorieuses” (7% au lieu de 3.5%); bâtiments historiques pour la plupart en ruines; bassins envasés; façades noircies... Si la ville n'a pas connu le sort douloureux de sa voisine, Royan, lors des bombardements massifs de la fin de la seconde guerre mondiale, c'est peut-être à cet état de quasi-abandon qu'elle le doit, elle n'avait plus alors d'intérêt stratégique pour aucune armée. Et si, en 1965, le tournage du film de Jacques Demy «Les demoiselles de Rochefort» apporte une certaine animation, la prise de conscience relative à l'existence d'atouts touristique de la ville ne s'est faite que lentement, tout comme le succès du film. Il a fallut que les américains souhaitent venir voir cette place où dansaient Gene Kelly et Georges Chakiris, deux gloires des comédies musicales de l'époque, pour qu' enfin la princesse endormie mette en valeur ses charmes. «Lorsque nous avons été élus en 1971, nos prédécesseurs avaient engagé le redressement économique de la ville, en sortant de cette mono-activité qui lui avait été fatale. Mais il fallait élargir et nous avons décidé de mettre en valeur notre patrimoine historique dont la richesse est incontestable. Il nous a fallut désenvaser les anciens bassins ( dans lesquels on nous avait prédit la découverte d'un avion abattu pendant la guerre, pur fantasme); Ce sont aujourd'hui les bassins du port de plaisance. Nous avons sortis de leurs ruines la Corderie royale, les formes de radoub, les poudrières, les fonderies entre autres. Nous avons favorisé la création d'un véritable pôle nature avec la réalisation de la station de lagunage, l'installation du conservatoire du littoral, du siège de la Ligue de protection des oiseaux, la zone horticole de la Prée.. Fait que notre cité soit fière de son passé et s'attache à en faire un atout.» Et de fait, si Rochefort garde sont statut de ville industrieuse, malgré de récents déboires concernant l'usine Zodiac, elle démontre qu'elle sait tirer partie de son passé et de sa situation si particulière. «Nous avons voulu transformer le handicap en avantage. Notre tradition militaire a été préservée et EADS-Airbus a succédé à Sud-Aviation. Quant aux marais sur lesquels ont été bâtis l'Arsenal et le Corderie Royale, nous y avons créé cette station de lagunage unique en son genre, tournant la ville, avec plus de 20 ans d'avance, vers la gestion intelligente de l'environnement. Même si la conjoncture actuelle est peu favorable, Rochefort doit contiuera de progesser. J'en suis persuadé.»
A près de 80 ans, Jean-Louis Frot n'en finit pas de rêver sa ville dans le futur.
Entretien réalisé en juillet 2009 |
|  Bernard Grasset, Maire de Rochefort depuis 2001 |  | L'actuel maire de Rochefort envisage une ville tournée le développement durable et qui sache rebondir sur les aléas de l'économie. Après avoir participé à son renouveau, aux côtés de J.L. Frot, Bernard Grasset souhaite que sa cité s'inscrive en positif dans son siècle.
Fil charentais : Quelles sont les perspectives économiques pour la ville ?
Bernard Grasset : « Nous devons tenir compte du passé de la ville. Elle garde d'une longue tradition d'arsenal, un esprit de travailleur d'État. Le travail était assuré et l'on se succédait de père en fils dans les métiers. Avec la disparition de l'arsenal, ce sont les techniques de l'aéronautique qui lui ont succédé. Ce furent d'abord Lioré-Ollivier, puis Bloch-aviation (nom de Marcel Dassault avant la seconde Guerre mondiale), puis Sud-Aviation qui a été remplacée par EADS-Airbus, représenté par la SOGERMA. N'oublions pas que Zodiac, à l'origine, construisait des ballons dirigeables avec de se tourner vers bateaux pneumatiques. Il a fallu que Rochefort se détache de cet esprit d'entreprise d'État pour s'engager dans de nouvelles voies.
Nous voulons développer notre excellence dans ces domaines. Sogerma fournit des portes d'A350, des fauteuils d'A400M, version militaire d'Airbus, même si le projet tarde à se mettre en place. Elle fournit des pales de turbines pour les moteurs d'Airbus, mais également pour d'autres constructeurs comme Boeing. Pour dommageable qu'elle soit au niveau des pertes d'emplois, la défection de Zodiac offre de nouvelles perspectives. SOGERMA s'étendra sur les terrains laissés libres par Zodiac afin de développer au mieux ses activités et à terme ce sont des emplois nouveaux qui seront créés sur le site ainsi réhabilité. Nous avons plusieurs autres projets d'arrivée d'entreprises. Pas de grandes, mais plusieurs petites dont une qui construirait des éoliennes pour les pays du Sud. Nous avons généralement vu se créer plus d'emplois que nous n'en perdions. »
Fil charentais : la ville est fortement impliquée dans tout ce qui concerne l'environnement et le développement durable, allez-vous poursuivre dans cette voie ?
Bernard Grasset : « C'est une évidence. Rochefort est un port réputé pour ses importations de bois et dans un passé encore récent, nous avions une entreprise dans le bois déroulé, c'est à dire le contreplaqué. Nous allons continuer à développer la filière des constructions en bois. D'autre part, nous venons de fêter les 20 ans de notre station de lagunage et d'inaugurer les nouveaux locaux de la Ligue de Protection des Oiseaux dans les anciennes fonderies, le Conservatoire du Littoral et le Forum des Marais ont leurs bases à Rochefort et une maison construite par un spécialiste du solaire est entièrement tournée vers les énergies renouvelables et durables, alors, oui, nous allons continuer à oeuvrer dans ce sens. La situation de Rochefort fait que la ville a depuis longtemps intégré l'idée même d'environnement. Nous limitons la plantation de plantes annuelles dans nos plates-bandes et nos jardinières, afin de limiter les arrosages et réaliser des économies d'eau. Ce n'est pas toujours bien compris de certaines personnes, mais dans l'ensemble la population nous suit.
Fil charentais : Le point fort touristique s'appuie sur l'Hermione, mais ensuite ?
Bernard Grasset : « Effectivement, sa construction s'achèvera vers 2011, mais là aussi nous avons quelques pistes pour continuer à faire vivre ce chantier, entre autres la reconstitution de la flottille en bois qui naviguait sur les bassins de Versailles. pourquoi ne pas la construire à Rochefort ? C'est une question de capacité de financement de la part du château de Versailles. Il faudra aussi entretenir l'Hermione qui ne naviguera que trois mois pare an et restera à quai les autres moments de l'année. Nous devons donner la possibilité aux gens de continuer à respirer l'odeur du bois et celle du fer forgé. Nous venons de redonner à la place Colbert son caractère de place d'armes avec son axe en diagonale, mettant en valeur sa fontaine. Elle retrouve ainsi son statut de véritable coeur de ville.
Entretien réalisé en juillet 2009
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|  La plus grande station de lagunage d'Europe |  | Installée au coeur de 20 000 ha de marais, la ville de Rochefort ne pouvait installer une station d'épuration « classique », trop polluante. Il lui a donc fallu innover et se tourner vers une solution peu courante à l'époque : le lagunage.
La station de lagunage de Rochefort vient de fêter ses 20 ans. Elle reste toujours la plus grande en Europe de ce type, alors que l'ère est, paraît-il, au « développement durable ». Une expression vide de sens, mais qui fait plaisir aux technocrates de tous poils qui font ainsi semblant de s'intéresser aux problèmes d'environnement. Mais alors que l'on nous annonce que les bovins menacent l'atmosphère terrestre par leurs émanations flatulentes de méthane (plus nocifs que la multiplication des émanations de soufre, co2, dioxine et autres joyeux gaz à effets de serre émis par les usines et les transports), Rochefort devra peut-être fermer sa station et combler ses marais. En effet, mares, marais, étangs et... cimetières, entre autres, sont également producteurs de méthane en grande quantité. Exagération provocatrice ? À voir, au vu des décisions tout aussi incongrues que l'on semble vouloir imposer aux bons peuples, avant de mettre en application les règlements internationaux visant à limiter la pollution industrielle.
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|  Traiter et rejeter sans polluer |  | Inaugurée en 1989 la station de lagunage de Rochefort s'appuie sur six bassins couvrant ensemble 35 Ha. Les eaux usées de la ville arrivent dans des bacs de décantation où elles sont débarrassées de la plus grande partie des graisses, des sables et graviers. Leurs boues sont ensuite traitées dans un « digesteur », dont les gaz sont utilisés pour fournir l'énergie nécessaire à son propre fonctionnement, ainsi qu'à l'ensemble de la station. Elles sont ensuite utilisées dans des composts. . Le reste des eaux est envoyé vers les bassins où elle séjournera plusieurs semaines. Le temps pour le phytoplancton et le zooplancton de digérer toutes les molécules biodégradables, avant de rendre à l'estuaire des eaux dites de qualité « eaux de baignade ». On estime qu'il convient de prévoir une surface de lagune de 1 Ha pour 1000 habitants pour obtenir une bonne qualité de traitement des eaux. Ce qui explique que l'on trouve de préférence ces systèmes en espace rural. Rochefort reste donc, et sans doute pour longtemps, la seule ville de son importance à disposer d'une station de lagunage pour le traitement de ses eaux usées. Elle constitue également un refuge pour les migrateurs. La conception d'une station de lagunage se prête naturellement à l'accueil des oiseaux de marais. Constituées de bassins peu profonds pour faciliter l'action des micro-organismes, chargés de digérer les polluants contenus dans les eaux en conjuguant celle du vent et du soleil, elles constituent un refuge particulièrement adapté. Les plantes, comme les iris jaunes aquatiques ou les roseaux ont le double avantage d'aider à l'assainissement des lagunes et de constituer un abri pour une faune animale diversifiée. A Rochefort, c'est la Ligue de Protection des Oiseaux qui est chargée de la gestion de cet espace naturel et d'accueillir les visiteurs. Par des chemins tracés au travers des roseaux, ils peuvent gagner un observatoire et admirer le ballet des échassiers et palmipèdes, venus se poser sur ces eaux calmes et saines pour quelques heures, quelques jours ou pour l'hiver sur le chemin de la migration qui les mène à quitter des zones moins hospitalières que l'estuaire de la Charente. ils y trouvent tout ce qui est nécessaire à leur alimentation, quelque soit leur régime. Ce qui démontre par la pratique, la qualité des eaux des 300 ha de marais confiés à la LPO, y compris ceux des lagunages, placés sous le contrôle du Conservatoire du Littoral. La station de Rochefort sert de modèle à de nombreux projets du même type à travers le Monde et 10 000 visiteurs viennent chaque année en parcourir les espaces, accompagnés par les spécialistes du service de l'assainissement de la ville, en ce qui concerne la station par elle-même, comme de la LPO en ce qui concerne l'espace naturel. |
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|  Jean-Louis FROT |  | Vice-président du Conseil général, maire adjoint de Rochefort de 1971 à 1977 maire de Rochefort de 1977 à 2001 Président-fondateur du réseau “Optique 2000” |
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